La Révélation de l’Échelle
Ils se reposèrent au bord de la cascade. L’eau était fraîche, abondante, un cadeau inattendu. Le chef, se sentant enfin en sécurité, décida de grimper sur l’arête la plus haute de la gorge.
La femme le suivit. Ensemble, ils regardèrent en arrière, vers la direction d’où ils venaient.
Ce qu’ils virent les cloua sur place.
De la jungle épaisse émergeait, à des dizaines de kilomètres à la ronde, la structure du Monde des Créateurs. Ce n’était pas un camp, c’était une ville, une forteresse, un organisme de dimensions astronomiques.
Des tiges sombres, plus larges que des troncs, montaient jusqu’à des kilomètres de hauteur, reliées par des câbles organiques tressés, formant des ponts vivants qui s’étendaient jusqu’à l’horizon. La structure entière était couronnée de dômes de lumière pâle, pulsante, qui recouvraient toute la zone d’oppression.
C’était une méga-structure, une usine vivante si vaste, si volumineuse, que le camp de nuit d’où ils s’étaient échappés n’était qu’un minuscule appendice à sa base. Ils avaient toujours rampé au ras du sol d’un monde qu’ils croyaient plat.
Le chef ne pouvait pas former le concept dans sa tête, mais il sentit la vérité absolue : ils n’étaient pas les esclaves d’un camp. Ils étaient le minuscule outil d’une civilisation colossale.
Les deux humains restèrent là, silencieux, le cœur écrasé par la démesure de ce qu’ils avaient fui. Ils étaient une cinquantaine de fragments d’os et de peau, face à l’immensité organisée de l’ennemi. La femme posa sa main sur l’épaule du chef. Ils allaient devoir survivre seul maintenant.